
INTERVIEW DE PETER RIEGEL
Peter Riegel dirige la première entreprise allemande importatrice de vins bio. Cette société référence plus de 800 vins et vend plus de 5 millions de cols par an sur le territoire allemand. C’est un acteur incontournable du marché et fidèle visiteur du salon Millésime Bio.
Comment raisonnez vous votre gamme de vins?
Notre idée est de représenter le monde entier du vin en bio, sous condition que la qualité des vins soit bonne. S’il y a des nouveaux pays ou des nouvelles régions cela peut nous intéresser plus que des régions où nous travaillons beaucoup. Nous avons un groupe de 4 dégustateurs (dont 3 œnologues et moi même) qui fait une pré-sélection. Il y a une deuxième dégustation définitive avec 2 ou 3 vendeurs qui jugent le potentiel.
Donc vous êtes plus intéressé par les vins des Pays de l’Est ou de Nouvelle Zélande, qui ne sont pas dans votre gamme pour l’instant, que des vins d’Italie, France ou Espagne?
On ne peut pas le dire comme cela, on a très peu de Côtes du Rhône, et ils nous manquent des bordeaux top niveau.
Vous servez vous des résultats de concours pour votre référencement?
Les concours sont très importants. C’est un signe important surtout pour quelqu’un qui a régulièrement des bons résultats. Nous contactons les lauréats des concours, du concours de l’AIVB par exemple, et systématiquement nous demandons des échantillons et déguster les vins.
Quelle est votre clientèle?
Le marché allemand représente 95% du chiffre d’affaires et 5-10 % à l’export. La clientèle sont les magasins bios et les grossistes fournisseurs des magasins bios. Cela représente 60% des ventes et le reste sont des cavistes, restaurants, supermarchés. Pour les supermarchés, nous avons créé une structure à part, qui s’appelle Bionysys, car les attentes sont différentes.
L’offre de vos produits est-elle régionalisée selon les Lander?
Non, elle ne l’est pas dans le catalogue. Nous avons 800 références dans le catalogue et 300-350 hors catalogue, car extrait pour un type particulier de clientèle. Par contre, nous faisons du sur mesure, car il y a des attentes très différentes selon les grossistes. Nous leur proposons une gamme de produits adaptée à leur demande.
Quelle est l’importance de votre offre de vins sous marque?
Nos vins sous marque propre représente environ 50% du volume de nos ventes
Y a t-il des tendances nouvelles sur le marché allemand?
C’est nous qui proposons, nous sommes leader du marché. Ce sont nos idées que nous essayons de faire passer. Mais ce ne sont pas forcément uniquement nos idées. Ce peut être des idées du marché conventionnel que nous adaptons au marché bio. Nous avons inventé des vins effervescents avec des bouchons céramiques par exemple.
Y a t-il des tendances sur le marché conventionnel?
Il y a une certaine demande pour des vins plus légers, mais pas désalcoolisés. Mais il n’y a pas de tendances marquées vers des vins légers, fruités, ou des vins du nouveau monde. Les vins du nouveau monde dans le circuit bio, ce n’est pas facile. Nous avons un projet sur l’Afrique du Sud dans le cadre du commerce équitable, et cela marche très bien car ce sont des réseaux différents. Il y a 1000 magasins de produits du commerce équitable en Allemagne. Pour nous, c’est une source de diversification.
Cherchez vous à travailler sur de nouveau pays pour l’approvisionnement ou l’exportation?
Le seul pays où l’on a des difficultés à trouver des vins comparables aux vins conventionnels c’est l’Australie. C’est difficile de trouver des produits qui nous plaisent. C’est plutôt un manque de technique qu’un excès de technique.
Comment voyez vous les vins bios dans 5 ans en Allemagne?
L’évolution, je la vois positive. Les vieux magasins bios sont dans une phase de professionalisation. Ils deviennent plus moderne et plus grand. Il y a des chaînes qui ont commencé à travailler, qui viennent de l’ambiance du vieux bio, mais qui ont des concepts plus modernes et plus jolis. Pour les supermarchés, il y a deux ou trois entreprises qui marchent vraiment bien, et le reste cela ne marche pas vraiment. Je pense qu’une partie va décider d’arrêter, et qu’une partie va se développer.
Pensez vous que la concurrence des vins des pays du nouveau monde va se développer?
Même dans le marché conventionnel, il y a une part du marché de 7 à 10% de vins du nouveau monde, mais c’est plafonné. Il y a une partie de la clientèle qui aime ces vins, mais il y a une partie qui ne l’aime pas trop. Je pense que cela ne se développera pas beaucoup. Pour le vrac, il y a une demande pour des vins pas chers, pour faire des vins de marque, mais pour le bio cela n‘existe pas. Il y a peut être une concurrence entre les vins d’Argentine et des vins pas chers du Languedoc, où le consommateur ne sait pas si c’est un vin d’Argentine ou de France, mais cela n’existe pas pour le bio. Et au niveau prix, ce sont des vins intéressants, avec un rapport qualité prix intéressant. Mais dans l’absolu, ils ne sont pas vraiment moins chers que des vins du Languedoc par exemple. Si l’on fait du commerce équitable, il y a pas mal de frais en plus. On retourne pas mal d’argent dans les projets pour les travailleurs sur place.
Est ce que ces vieux magasins bio en Allemagne ont des rayons vins?
Oui, systématiquement. Mais le rayon vins est parfois très triste. Dans certains cas, on préférerait ne pas en avoir du tout! Cela dépend beaucoup du propriétaire. De plus en plus, il y a des grossistes qui font la régie dans les petits magasins. Il y a pas mal de pression pour renouveler le marketing, la présentation. Et il y a des aides, il y a des grossistes qui fournissent des systèmes pour les magasins, qui envoient des conseillers pour leur dire comment présenter. Cela bouge beaucoup.
Est ce que vous même, vous donnez des conseils?
Oui, nous avons un réseau de dix vendeurs et chaque vendeur fait du conseil à ses clients. Pour beaucoup de clients, nous sommes plutôt un prestataire de services qu’un fournisseur de vins. Le chiffre d’affaires se fait sur 60 à 120 références. 60 pour un petit magasin et 120 références sur un magasin plus gros. La plupart de nos vendeurs viennent du secteur vin. La moitié sont des ex-cavistes, certains sont même d’anciens clients. Ils aiment le vin et ont leurs préférences.
Y a t-il des nouveautés cette année?
On prépare le nouveau catalogue. Il y a environ 60 nouvelles références.
Cela correspond il à une demande de vos clients? Ont-ils besoin de renouveler leur gamme?
Pour ceux qui ont une petite gamme de vins, il y a une demande pour des vins légèrement édulcorés, pas vraiment doux, mais avec 7 ou 8 g de sucres/L comme le vin «Armonia» de Louis Delhon que nous avons développé ensemble. Il faut répondre à ce type de demande. En petit magasin, le vendeur conseille les choses qui marchent le mieux car les vins doivent se vendre tout seul; il n’y a personne qui conseille l’acheteur. Pour les magasins plus intéressés, il y a de la demande avec 80% de gamme fixe et 10-20% où ils jouent avec la nouveauté, les saisons et les pays.
Quelle surface de magasins faut il atteindre pour avoir des référencements de nouveautés?
Il y a des tout petits magasins qui le font. Le rôle du magasin bio dans les villes, c’est souvent d’être une épicerie fine. Ce n’est pas un magasin bio de type herboristerie comme souvent en France. On a pas le côté santé. On a le côté produit naturel et production sans produits chimiques. Les gens qui y vont sont des gens qui ont un peu d’argent, qui veulent manger des bons produits. En Allemagne, c’est difficile à trouver. Il n’y a pas le niveau des supermarchés comme en France. Une présentation de fromages en Allemagne, c’est quelque chose de très pauvre. Ce n’est pas comme chez vous où l’on trouve des spécialités régionales dans les supermarchés. Si quelqu’un cherche ce genre de produit, il peut aller dans une épicerie fine où dans un bon magasin bio. Même si le magasin est petit, cela peut être de très haut niveau.
Quelles sont vos attentes vis à vis du salon Millésime Bio?
Je trouve que c’est un très bon salon. Je ne viens pas à Millésime Bio pour trouver du vin Sud Africain. Le rôle le plus important de ce salon est la possibilité de rencontrer un maximum de producteurs français sans avoir à faire beaucoup de distance. Je trouve la date un peu précoce, car les vins ne sont pas complètement finis pour vraiment les juger. On peut prendre des décisions pour les vins en vrac, mais pas en bouteilles. Pour les vins en vrac, c’est très pratique, mais c’est plutôt le volumle que l’on donne car le choix est fait avant. A Vinitaly ou Prowein, la plupart des vins sont déjà en bouteille et on peut discuter du prix tout de suite. A Millésime Bio, il y a beaucoup de vins qu’il faut voir après, car ils ne sont pas encore filtrés.
Ce salon doit rester tranquille. C’est un salon très professionnel car on peut travailler tranquilement. J’aime bien qu’il n’y ait pas trop de gens, mais beaucoup de professionnels.
Millésime Bio ne sera jamais Vinisud ou Prowein, mais si le salon faisait le double ou le triple d’exposants est-ce que cela serait plus compliqué pour vous?
Oui, déjà maintenant nous sommes 4 ou 5 de l’entreprise à venir. On se partage les adresses. A la fin, il reste des gens que nous n’avons pas pu rencontrer.
Vous rencontrez combien d’exposants?
Si vous voulez le faire comme il faut, vous rencontrez deux ou trois personnes à l’heure; entre 15 et 20 exposants par jour.
Vous faites beaucoup de salon dans l’année?
Nous faisons Biofach avec un grand stand et Prowein avec un petit stand. Je vais à Londres tous les 2 ans pour voir les vins du nouveau monde; Vinitaly systématiquement; Vinexpo de temps en temps. Je vais de temps en temps voir le groupe des Biodynamistes comme celui de Nicolas Joly.
Qu’est ce qui vous attire dans les vins en biodynamie?
Je trouve que la biodynamie est une technique très intéressante si on la regarde pas comme une religion. Je ne suis pas très religieux. L’esprit de quelques producteurs français surtout, ce n’est pas trop mon truc. Cela peut produire des vins intéressants. Je connais beaucoup de producteurs en Biodynamie qui ne travaillent pas dans un circuit, mais qui font cela depuis longtemps.
L’Allemagne a été un pays fondateur et il y a des gens très pratiques, qui sont vraiment des paysans, qui sont professionnels, techniciens et qui racontent quelques histoires qui sont vraiment des expériences et pas des croyances. C’est une technique qui force le producteur a être très sensible pour le faire bien et à regarder de très près ce qui se passe dans la vigne ou dans la nature.On peut être 100% bio et être très technocrate. On peut le regarder comme une technique, comme la lutte raisonnée, et appliquer certaines règles sans regarder ce qu’il se passe derrière, ce qui me plaît.
Mais ce n’est pas noir et blanc. En biodynamie, comme dans le traditionnel, il y a des gens qui regardent beaucoup, et d’autres moins. Si l’on veut vraiment que cela fonctionne, si ce n’est pas seulement une action de marketing, il faut vraiment regarder et c’est cela qui me plaît.
Dans les vins, il y a des vins où je peux m’imaginer sentir une différence. Il y a beaucoup de vins où je ne la sens pas. Il y a beaucoup de vins qui ne sont vraiment pas bons, mais qui sont très biodynamiques.
Nous remercions Peter Riegel pour cette interview.
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