Christophe Daviau, Dom. de Bablut
Le Domaine de Bablut et la bio, c’est une longue histoire je crois…Pouvez-vous nous en dire plus sur le domaine et votre relation à l’agriculture biologique ?
Le domaine fait aujourd’hui 55 ha. Il est dans la famille depuis le XVIème siècle ! J’ai commencé mes premiers essais de biodynamie dès 1993, et j’ai converti le domaine en trois phases : 40%, 40% puis les 20% restants. En fait j’ai préféré faire les choses progressivement pour que les salariés aient le temps de s’adapter, et puis c’était assez nouveau dans le coin. Je suis certifié depuis 1999.
Je me suis mis à l’agriculture biologique par refus de la lutte chimique, des herbicides et par amour du botrytis ! Vous savez, jusque dans les années 50, le botrytis était considéré comme la conséquence d’un accident climatique (excès de pluie avant vendanges), on savait aussi que le développement du champignon était lié à un excès de vigueur donc, si la vigueur de la vigne est limitée on diminue le risque. Dans les années 80 quand j’étais étudiant, le botrytis était devenu l’ennemi public numéro 1, ce qui pour moi issu d’une région productrice de vins liquoreux, était incompréhensible. Cet acharnement contre le botrytis me désolait, tout comme celui contre l’araignée rouge, alors que maintenant tout le monde sait bien qu’il suffit de préserver les typhlodromes, son prédateur naturel, et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à la chimie. Pour moi, cette remise en question des dogmes s’est faite assez naturellement, c’est facile de « tuer le père » au changement de génération, c’est un moment propice aux remises en question.
Votre gamme est assez large, quelle est votre stratégie commerciale ? Sur quels circuits êtes-vous distribué ?
Elle est large et pas si large que ça à la fois, en fait, j’aime bien faire des vinifications séparées par terroir, je trouve toujours qu’il y a une expression intéressante à mettre en valeur, à faire découvrir, mais je ne produis principalement que trois appellations (Anjou Villages-Brissac, Coteaux de l’Aubance, Anjou blanc) et si je faisais seulement trois vins ça ne serait pas beaucoup plus compliqué.
En ce qui concerne la distribution, nous vendons à 60% aux particuliers, environ 10% aux restaurants (surtout du grand Ouest), 15% aux cavistes sur toute la France, et nous faisons un petit peu d’export (c’est mon point faible).
Une productrice de Monbazillac me disait la difficulté de commercialiser ces vins, que tout le monde aime mais que personne ou presque n’achète…Qu’en pensez-vous ?
C’est très bien résumé ! les gens en achètent peu et quand ils en dégustent, ils trouvent ça délicieux c’est vrai, mais ils n’en débouchent presque jamais ! Le consommateur n’hésite pas à acheter une bouteille de champagne à 25€, mais il pense que le liquoreux est un produit cher et rare… Il y a eu un engouement soudain dans la décennie 90 jusqu’à 2002 à peu près, et puis les effervescents ont repris le dessus pour l’apéritif. Il est vrai que certains ont exagéré, et ont trop sulfité leurs vins à une époque, mais c’est quand-même étonnant ce rapport aux liquoreux.
Justement, quelle est votre opinion sur les vins dits « naturels », les vins non soufrés ?
Ce sont les Grecs qui ont développé les soufrières et nous ont appris l’utilisation du soufre, parce que fouler le raisin et laisser fermenter on savait faire ! Il faut l’utiliser à une dose la plus faible possible car on sait que ça n’est pas très sain, ou alors si on préfère s’en passer, on décide de prendre le risque de jeter son vin. Mais moi ça me fait pleurer de voir une de mes cuves fusillées par les brett ! Les déviations aromatiques, on ne peut pas faire croire que c’est normal, au contraire, ça nuit au vin et aux véritables arômes de terroir, tout comme les vins trop technologiques à l’extrême inverse. Il ne faut pas oublier que les phénols volatils sont des arômes fermentaires ! Pour moi ce genre de déviation nuit à l’image de la bio. Autrefois, lorsque la vinification était moins bien connue et qu’il y avait des soucis, le vin taré était éliminé ou utilisé pour une filière de sous-produits. Aujourd’hui on trouve des vins avec des déviations car on cherche forcément à valoriser…
Le millésime 2012 chez vous, comment ça s’est passé ?
La galère ! Cette année je n’ai pas fait un litre de coteaux de l’Aubance. Heureusement, mes Anjou blanc et les Brissac (rouges) passent 18 à 24 mois en élevage, donc pour Millésime Bio, ça ira, d’autant que les trois dernières années ont été de grandes années. On n’est pas magicien, c’est dur de travailler un an pour tomber le raisin au moment des vendanges. Mais je préfère travailler comme ça, pour moi c’est ça le respect du produit, même si c’est sûr que je vais le payer à un moment, par contre notre politique d’élevages longs permettra de lisser le problème sur plusieurs années.
Depuis combien de temps êtes-vous présent à Millésime Bio ?
Cela va faire 4 ou 5 ans, au départ j’y suis venu sur l’insistance de mon importateur suisse, et ça vient combler mes lacunes à l’export. Pour moi c’est le salon à l’organisation la plus sérieuse, j’apprécie vraiment, ainsi que le fait que ce n’est pas un « salon frime ».







